Skip to main content ZOË RENAUDIE

author: McPherson, Tara

title: Feminist in a software lab: difference + design

date: 2018

abstract: Tara McPherson asks what might it mean to design--from conception--digital tools and applications that emerge from contextual concerns of cultural theory and from a feminist concern for difference. This question leads to the Vectors lab, which for a dozen years has experimented with digital scholarship at the intersection of theory and praxis--Provided by publisher

tags: feminist, database, dh, dah, theorie-critique

theme: Humanités numériques


Présentation auteur.e.s

Tara McPherson est professeure a la School of Cinematic Arts de l University of Southern California (USC) et directrice fondatrice du Vectors Lab (2003-2018), un laboratoire pionnier en humanités numériques. Formée en études cinématographiques et théorie culturelle poststructuraliste, elle incarne une figure singulière : celle de la chercheuse en sciences humaines devenue directrice d un laboratoire de développement logiciel. Cette double expertise lui permet d interroger de manière critique et productive les rapports entre théorie culturelle et pratique computationnelle. Au sein du Vectors Lab, elle a dirige deux projets majeurs : Vectors Journal, une revue en ligne explorant de nouvelles formes d argumentation savante multimédia, et Scalar, une plateforme open-source de création et publication permettant aux chercheurs de construire des narrations non-linéaires riches en médias. McPherson montre son engagement envers la théorie critique particulièrement le féminisme et la théorie critique de la race dans un domaine parfois domine par une rhétorique du faire au détriment de la réflexion critique. Son livre Feminist in a Software Lab (2018) a reçu le prix Garfinkel en humanités numériques.

Résumé

Feminist in a Software Lab constitue a la fois un récit réflexif de douze ans d’expérimentation au Vectors Lab et un manifeste théorique pour des humanités numériques véritablement critiques. Le livre répond a une question fondamentale : comment réconcilier la théorie culturelle critique avec la pratique computationnelle et le design ? McPherson s’attaque à l’opposition binaire entre faire (building) et penser (theorizing) qui traverse le domaine, contestant l’idée que théorie critique et analyse computationnelle seraient irréconciliables. Elle démontre au contraire que le design et la construction d’outils numériques peuvent incarner des modes d’enquête critique. L’ouvrage combine récit ethnographique du travail collaboratif au laboratoire, analyses détaillées de projets comme Stolen Time Archive et Scalar, intervention historiographique proposant une généalogie alternative des humanités numériques ancrée dans la performance et le design plutôt que la linguistique computationnelle, et mobilisation des nouveaux maternalismes féministes (Karen Barad, Jane Bennett) pour repenser les rapports entre objets, infrastructures et savoir. McPherson soutient que les outils et infrastructures numériques ne sont jamais neutres mais encodent des valeurs et visions du monde, que le design peut être un site de production théorique, que la distinction théorie pratique est artificielle et contre-productive, et qu’il est possible et nécessaire de concevoir des outils qui incarnent des leur conception des valeurs féministes, antiracistes et critiques. Le livre propose ainsi une vision des humanités numériques qui refuse le choix entre construction et critique, démontrant qu il est possible de pratiquer une critique matérielle intervenant directement dans les infrastructures techniques tout en restant ancrée dans la théorie culturelle.

Lien avec la thèse

Certain passage de ce livre offre un cadre théorique interessant pour repenser mon rapport à la documentation numérique des expositions. McPherson propose un modèle où la pratique de documentation peut devenir elle-même un site de production théorique.

Le travail de McPherson offre plusieurs articulations majeures. Premièrement, l’indissociabilité théorie pratique méthodologie : documenter une exposition avec des outils numériques n’est jamais un acte purement technique mais toujours déjà une pratique théorique qui matérialise une conception spécifique de ce qu’est une exposition. Chaque choix d’infrastructure (base de données, interface, métadonnées) encode une théorie de l’exposition comme objet de connaissance. Deuxièmement, la critique des bases de données relationnelles comme portant des logiques néolibérales (compartimentalisation, normalisation, atomisation) invite à questionner radicalement les infrastructures standards de documentation muséale et à explorer des alternatives (bases orientées graphes, systèmes d’annotation). Troisièmement, le passage de l’objet isolé aux assemblages relationnels (inspiré de Karen Barad) transforme profondément la manière de concevoir la documentation : une oeuvre dans une exposition n’existe pas en soi mais est co-constituée par ses relations avec l’espace, les autres œuvres, les visiteurs, l’institution. Quatriemement, la question centrale les outils peuvent-ils être féministes se transpose directement : peut-on concevoir des systèmes de documentation intrinsèquement critiques qui, par leur design même, visibilisent le travail invisible, permettent des perspectives multiples, questionnent les hiérarchies institutionnelles ? Enfin, le modèle collaboratif du Vectors Lab ou chercheurs, designers et développeurs co-creent dans un dialogue constant offre une méthodologie pour la thèse elle-même, reconnaissant que les choix techniques sont toujours des choix théoriques et que le processus de design doit être documente et réfléchi comme partie intégrante de la recherche.

Idées principales

  1. Indissociabilité théorie-pratique-méthodologie McPherson rejette la séparation entre théorie et pratique qui domine certains discours des humanités numériques. En s’appuyant sur Paulo Freire, Chela Sandoval et Diana Taylor, elle montre que le théorique et le méthodologique ne sont pas facilement séparables. Construire un outil numérique n’est pas simplement appliquer une méthodologie, mais déjà théoriser. Chaque choix technique matérialise une conception spécifique de la connaissance et de son objet. La rhétorique du faire ne doit pas servir à évacuer la réflexion théorique, mais à la nourrir.

  2. L’archive comme argument Le projet Stolen Time Archive illustre qu’une archive numérique n’est jamais un simple contenant objectif. Les logiques archivales sont intrinsèquement idéologiques, reflétant des choix sur ce qui mérite d’être préservé et comment les éléments se relient. L’argument émerge de la navigation elle-même, se déployant au fur et à mesure de l’immersion dans le projet. Le design n’est pas séparable du contenu : la forme est l’argument.

  3. Le design comme épistémologie En s’appuyant sur les nouveaux matérialismes (Barad, Jane Bennett, Joanna Zylinska), McPherson affirme que le design n’est jamais simplement esthétique ou fonctionnel, mais toujours épistémologique. Pour Bennett, le craftsperson cherche à voir ce qu’un matériau peut faire plutôt que ce qu’il est, cad une approche performative du design. Pour Zylinska, la pratique créative peut altérer la réalité en intervenant en elle au niveau matériel. Conséquence majeure : la distinction de longue date entre outils et théories est profondément déstabilisée par les médias numériques. Chaque interface, structure de données ou affordance est un choix théorique sur la nature de la connaissance.

  4. Critique des infrastructures McPherson propose une lecture critique des bases de données relationnelles, qui encodent des logiques compatibles avec le néolibéralisme : compartimentalisation, normalisation, relations prédéfinies, interchangeabilité. Ces infrastructures ne sont pas neutres : elles façonnent activement ce qui peut être pensé et comment. Elle invite à explorer des alternatives permettant d’autres modes de relation au savoir.

  5. Des objets isolés aux assemblages relationnels En s’appuyant sur Karen Barad et les nouveaux matérialismes féministes, McPherson opère un déplacement crucial : de l’objet isolé à l’objet en relation. Les coupes agentielles (Barad) permettent de penser des structures causales locales parmi les composants d’un phénomène, en l’absence de condition d’extériorité entre observateur et observé. Les objets n’existent pas d’abord séparément pour ensuite entrer en relation : ils sont co-constitués par leurs relations.

  6. Les outils peuvent-ils être féministes ? Question centrale : un logiciel ou des outils peuvent-ils être féministes, ou sont-ils simplement maniés avec une intention féministe ? Réponse de McPherson : oui, à condition d’être conçus pour incarner des valeurs critiques. Cela requiert une collaboration intense et égalitaire entre chercheurs, designers et développeurs ; un processus de design lui-même critique ; une réflexivité sur les biais encodés ; la capacité de rendre visibles les logiques de l’outil ; et l’ouverture à l’émergence de l’inattendu. Scalar incarne cette approche.

  7. Collaboration radicale Le Vectors Lab fonctionnait comme un studio d’art ou de design, apprenant par la pratique dans un processus intensément collaboratif. Principes : équipe mixte dès le départ, frontières disciplinaires poreuses, prototypage rapide et itératif, choix techniques discutés comme choix théoriques, reconnaissance de la contribution théorique des designers et développeurs. Épistémologie du studio : learning by doing, acceptation de l’échec productif, itération rapide.

  8. Généalogie alternative des humanités numériques McPherson conteste l’historiographie dominante faisant commencer les DH avec la concordance de Roberto Busa (années 1940-1950). Elle propose de les ancrer en octobre 1966 avec 9 Evenings: Theatre and Engineering, légitimant une approche centrée sur la critique, le design et l’expérimentation, plutôt que sur la linguistique computationnelle.

  9. Visibiliser le travail invisible Stolen Time rappelle que l’adage « ne pas juger un livre à sa couverture » sert souvent à dissimuler les traces de travail qui se condensent dans tout artefact textuel. Cette attention au travail invisible résonne avec les critiques féministes du care work. McPherson insiste pour que les outils et systèmes rendent visible le processus de production, les choix de design, le travail collaboratif et les infrastructures techniques.

  10. Au-delà de la périodisation McPherson remet en question les historiographies par période (DH 1.0, 2.0 ; féminisme première/Deuxième vague), qui simplifient à l’excès, créent des ruptures artificielles et reproduisent des logiques de progrès linéaire. Alternative : penser en termes de strates temporelles multiples, de généalogies entrelacées et d’émergences parallèles, approche plus fidèle aux nouveaux matérialismes.

Citations importées le 2026-02-02 8:25 pm

[!quote|#2ea8e5] Interesting References Companion to Digital Humanities, edited by Susan Schreibman, Ray Siemens, and John Unsworth. (p. 5)

[!quote|#2ea8e5] Interesting References Performance 9 Evenings: Theatre and Engineering to their work for the Pepsi Pavilion at Expo ‘70 in Osaka, Japan, E.A.T experimented with collaborative work processes and, as Frances Dyson relates, explored themes of“fluidity, spontaneity, liveliness, transparency, immersion and intimacy between artist and audience. (p. 6)

[!quote|#2ea8e5] Interesting References 1959  multiscreen exhibition Glimpses of the U.S.A. (p. 7)

[!quote|#2ea8e5] Interesting References Beautiful Data, Orit Halpern (p. 9)

[!quote|#2ea8e5] Interesting References Julie Klein notes many more instances of this tendency in her comprehensive Interdisciplining Digital Humanities (p. 9)

[!quote|#5fb236] Very Important or Critical deep commitment to the role of theory within the humanities, particularly to feminism and critical race theory and to the tensions between older and newer forms of materialism. (p. 12)

[!quote|#2ea8e5] Interesting References Joanna Zylinska’s insight that “ creative practice can alter reality by intervening in it at the material level (p. 13)

[!quote|#5fb236] Very Important or Critical Jane Bennett writes of the craftsperson’s desire to see what a material can do (as opposed to the scientist’s desire to learn what a material is). (p. 13)

[!quote|#2ea8e5] Interesting References .Jane Bennett (p. 13)

[!quote|#5fb236] Very Important or Critical deep commitment to the role of theory within the humanities, particularly to feminism and critical race theory and to the tensions between older and newer forms of materialism (p. 14)

[!quote|#5fb236] Very Important or Critical But the emphasis on tools, on coding, on building, and on making that has been foregrounded in some recent digital humanities rhetoric can frame theory and practice in an unproductive binary relation. N (p. 16)

[!quote|#2ea8e5] Interesting References This severing oftheory from practice is sometimes framed as a move toward methodology (and, hence, away from theory), but scholars from Paulo Friere to Chela Sandoval to Diana Taylor teach us that the theoretical and the methodological are not easily separated. (p. 16)

[!quote|#5fb236] Very Important or Critical Can software or tools be feminist or are tools simply wielded with feminist intent? (p. 17)

[!quote|#5fb236] Very Important or Critical Can design foreground the modes of critical inquiry that matter to fields invested in social change (p. 17)

[!quote|#ff6666] Disagree with Author Other ofGalloway’s conclusions are less Satisfying to me. (p. 82)

%%prêter attention à ces critques%%

[!quote|#5fb236] Very Important or Critical returns the work of the Vectors Lab after a quick  routing through yarious alternative materialisms that shift our focus from the isolated object to the object in relation. (p. 84)

Karen Barad offers up not the bracket or the unit but the agential cut as a method through which, “in the absence ofa classical ontological condition of exteriority between observer and observed,’ we might enact “a local causal structure among ‘components of a phenomenon’ (“Posthuman Performativity” 815) (p. 90)

[!quote|#2ea8e5] Interesting References Susan Brown, micha cardenas, KimChristen, Anne Cong-Huyen, Sharon Daniel, Cathy Davidson,JoannaDrucker, AmyEarhart, Kathleen Fitzpatrick, ManyFlanagan,JuliaFlanders, Marsha Kinder, Lauren Klein, Viginia Kuhn, Elizabeth Losh, Bethany Nowviskie, Veronica Paredes, A, Miriam Posner, Margaret Rhee, Susana Ruiz, Laila Shereen Sakr, Martha Nell Smith. Jaqueline Wernimont, and Laura wexler (p. 95)

Making “Stolen Time” The first Vectors project was “The stolen Time Archive,’ a collaboration between the literary scholar Alice Gambrell and the designer Raegan Kelly. The Editors’ Statement for the piece explains: As Alice Gambrell notes in her erudite “Author’s Statement,” Stolen Time is at once an archive and an argument, as it offers a powerful argument about the archive and exposes archival logics as always inherently ideological. Importantly, the piece enacts its argument, requiring its user to explore this virtual archive in order to access the argument constructed there via the user’s own navigations. The ‘rgument is emergent, unfolding as the user becomes more and more immersed in the piece itself, It stands as a provocative and playful example of experiential argument, pushing scholarly practices such as research, annotation, and citation in lively new directions, This archive also encapsulates and preserves a his137 ing “Stolen Time” tory of labor practices, limning both the oppressive and the expressive potentials encapsulated in a variety of office work and office machines. As such, it offers evidence to the creativity of all manner of text workers. Such histories are vitally important in a moment such as our own when the forces of globalization seem to encourage our seamless incorporation into capital and the networks through which it flows. Stolen Time reminds us of resistance. While the piece bears a clear relationship to Writing Is Work, the book that Gambrell is now completing, Stolen Time is not simply a translation of that print project to the digital realm. (p. 101)

[!quote|#5fb236] Very Important or Critical It stands easily alone, obeying its own internal principles while radically reworking our understanding of form’ relationship to content. The project’ “design” or “form” is not separable from the “content” or “argument” it makes. (p. 101)

Stolen Time also historicizes this relationship, emphasizing that form and content—or, put differently, the technical and the creative—have always existed in tight feedback loops. The construction of the project literalizes these circuits of exchange as Gambrell and Kelly collaborated in an intense production process. While we’ve long been urged not to judge a book by its cover, Stolen Time powerfully insists that such an adage works to conceal the myriad traces of labor congealed in any textual artifact. As such, the project offers another perspective on a claim that Vectors as a whole seeks to make: the long-standing scholarly distinction between tools and theories is profoundly destabilized by digital media, demanding a rethinking of long-held tenets of technological determinism. (p. 102)

[!quote|#5fb236] Very Important or Critical Like an art or design studio, we were learning by ; T. . ee (if not always rapid ones), wo a. - (p. 123)

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Bibliographie

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