Skip to main content ZOË RENAUDIE

author: Eshrāghi, Léuli; Andrianomearisoa, Joël; Bastien-N’Diaye, Aïcha; Monnet, Caroline

title: Imaginer de nouvelles géographies au-delà des arts actuels autochtones

tags: art-contemporain, curation, muséologie, care

theme: Savoirs Autochtone

Présentation intervenant.e.s

Animateurice : Léuli Eshrāghi (Tagata Sāmoa, Tiohtià:ke | Montréal), conservateurice des pratiques autochtones, Musée des beaux-arts de Montréal

Joël Andrianomearisoa (Malgache, Paris et Antananarivo), artiste multidisciplinaire

Aïcha Bastien-N’Diaye (Wendat et Jola, Wendake), artiste multidisciplinaire

Caroline Monnet (Anishinaabe et France, Tiohtià:ke | Montréal), artiste visuelle et cinéast

Notes

Date : 2026-01-23

Animateurice : Léuli Eshrāghi (Tagata Sāmoa, Tiohtià:ke | Montréal)
Conservateurice des pratiques autochtones, Musée des beaux-arts de Montréal

Heure : 15 h 30

Joël Andrianomearisoa

(Malgache, Paris et Antananarivo)
Artiste multidisciplinaire

  • Neon Language – FANDIKAN-TENIN’IREO, 2021
    Kusthalle Praha, Prague
    Texte pour une exposition de façade pendant la pandémie.
    Texte en malgache : « Les traductions de tous nos espoirs et tous nos désirs à venir ».
    Qualifié de perturbateur, voire de propagande, mais le texte n’a pas été compris par le public.
  • ICI NOUS PORTONS TOUS LES RÊVES DU MONDE, Palais de Tokyo, 2021
    Néon en façade.
    Question du langage : écrire en français sur un bâtiment est problématique.
    Texte optimiste qui soulève néanmoins des questions politiques et symboliques.
  • La maison imaginaire, Aigues-Mortes, 2021
    Sculpture conçue comme un espace pour lire et redécouvrir des choses.
  • Eto Isika Dia Manandratra ny nofin’izao Tontolo izao, Antananarivo, Madagascar
    Œuvre monumentale sur l’avenue, conçue pour créer un symbole collectif.
    Dimensions : env. 20 m × 20 m.
    Même phrase que celle du Palais de Tokyo, mais en malgache.
  • Musée de la langue française (initiative du gouvernement Macron), Villers-Cotterêts.
  • A représenté Madagascar à la Biennale de Venise.

Aïcha Bastien-N’Diaye

(Wendat et Jola, Wendake)
Artiste multidisciplinaire

  • Hommage à son père (danseur) et à sa mère.
  • « Présent·e sur l’affiche, absent·e des décisions »
    Refus du tokenisme.
    Citation : « Il y avait full diversité dans les plantations ».
  • Ihstonhwe’
    Cœur de chevreuil pris dans la glace.
  • Yahwatsira’
    Mise en scène à Québec.
    Travail sur l’accessibilité sensorielle :
    • casques antibruit

    • possibilité de voir l’œuvre de loin

    • interprètes parfois présent·es

    • cartes de réflexion pour le public

      Piliers de création :

    • Honorer mes ancêtres et devenir un bon ancêtre

    • Faire de l’art un acte relationnel

      Positionnement :

    • Réautochtoniser plutôt que seulement décoloniser

    • Les deux doivent coexister, mais préférence personnelle pour la réautochtonisation.

  • Yatsihsta’
    Performance filmée et transformée en exposition.
    Se fait tresser dans le garage de ses parents.
    Résidus présentés en vitrines.
    Brûle ses tresses en traversant l’espace.
  • Oushata’

Caroline Monnet

(Anishinaabe et française, Tiohtià:ke | Montréal)
Artiste visuelle et cinéaste

  • Man Made Land, 2025, Boston
    Œuvre monumentale (46 pieds de long × 26 m de haut).
    Méditation sur l’interconnexion de tous les humains.
    Réalisée à partir de matériaux de construction contemporains.

  • Echoes from a Near Future, 2022
    Série photographique et textile.
    Utilisation de matériaux de construction contemporains.
    https://ago.ca/agoinsider/echoes-near-future

  • Renaissance, 2018
    Importance de la place matriarcale dans son travail.
    Prisme anishinaabe appliqué à la notion de renaissance.
    Volonté de montrer une image positive de la femme anishinaabe.

  • Replacer les femmes autochtones dans l’espace public et quotidien.
    Référence : Bill C-13 (2024).

  • Debouttes, 2021
    Sur la mobilisation liée à la crise d’Oka (1990).
    Revisiter l’histoire et offrir de nouvelles perspectives.
    Femmes debout, fières, poing levé, fortes, autochtones.

  • Wàbigon, 2024
    Portraits de 8 femmes autochtones.

  • Recherche de liberté au-delà de la critique coloniale.
    Sortir des étiquettes établies.

  • Pidikwe, 2025
    La danse comme outil de guérison.

  • L’art comme pouvoir de réconciliation.

  • Faire un lien avec l’artise Alice Cattelat :
    Les relations avec les personnes photographiées sont plus importantes que l’œuvre finale.
    Ces relations et expériences font partie de l’œuvre, ou plutôt de son réseau.

  • Langues autochtones :
    Langues d’action.

Lien avec la thèse

Les pratiques présentées mettent en évidence la langue comme composante centrale de l’exposition, à la fois matérielle et fondamentalement instable. Les œuvres textuelles de Joël Andrianomearisoa montrent que le sens d’une exposition dépend du contexte linguistique, politique et spatial dans lequel elle apparaît, et parfois même de l’incompréhension qu’elle suscite. Cette instabilité pose un problème direct à la documentation muséale, qui tend à fixer le texte comme un élément stable, sans rendre compte de ses conditions de réception, de traduction ou de malentendu. La conservation de l’exposition doit donc intégrer ces paramètres contextuels comme des données à part entière.

Le travail d’Aïcha Bastien-N’Diaye place la relation, le geste et l’expérience au cœur de l’exposition. Les performances, les dispositifs sensoriels et les formes d’accessibilité ne sont pas des médiations secondaires mais constituent l’œuvre elle-même. Les objets conservés (résidus, vitrines, traces matérielles) ne fonctionnent que comme des indices d’un événement relationnel et performatif. Cette pratique confirme la nécessité de déplacer la conservation de l’objet vers la documentation des processus, des relations et des cadres d’expérience, ce qui rejoint une conception de l’archive comme pratique vivante plutôt que comme accumulation de preuves matérielles.

La notion de réautochtonisation, préférée ici à celle de décolonisation, met en tension les cadres institutionnels de conservation. Elle implique de reconnaître que les protocoles documentaires occidentaux ne sont ni neutres ni universels, et qu’ils peuvent entrer en conflit avec des épistémologies autochtones fondées sur la transmission, le soin et la relation. La conservation des expositions ne peut alors être conçue sans négociation avec les artistes et les communautés concernées, ni sans prise en compte des choix de non-conservation ou de transformation volontaire des œuvres.

Les œuvres de Caroline Monnet interrogent la conservation de formes artistiques fondées sur le corps, le geste et l’inscription symbolique dans l’espace public. La monumentalité, la danse et la représentation de femmes autochtones agissent comme des outils de relecture historique et de guérison collective. Dans ce cadre, ce qui doit être conservé n’est pas seulement l’installation ou l’image produite, mais l’intention, le processus, les relations sociales mobilisées et les effets produits dans le présent. L’exposition fonctionne comme un acte situé plutôt que comme un ensemble d’objets durables.

Enfin, ces pratiques confirment la pertinence d’une approche de l’exposition comme réseau. Les relations entre artistes, participant·es, publics, lieux, langues et temporalités constituent la structure même de l’œuvre. La documentation ne peut se limiter à un inventaire d’éléments matériels et doit rendre visibles ces relations, en les considérant comme des composantes essentielles de l’exposition. Cette perspective justifie le recours à des modèles de données relationnels et à des représentations en graphe pour documenter les dimensions immatérielles, performatives et sociales des expositions contemporaines.

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©2026 Zoë Renaudie avec l'aide d'Evan Renaudie. Les polices utilisées sont Manifont Grotesk (c) CUTE Sophie Vela, Max Lillo et al. et DM Sans (c) OFL Camille Circlude, Eugénie Bidaut, Mariel Nils, Bérénice Bouin, merci au travail de Bye-Bye Binary