author: Benbachir, Meryam; Cazaux, Mharion; Lambert, Daisy; Geoffroy, Inès
title: Inclure véritablement les artistes queer dans les institutions culturelles
abstract: Comment passer d'une inclusion symbolique à une inclusion réelle ? Comment éviter l'instrumentalisation des identités et donner aux artistes un véritable pouvoir d'action sur les projets ? Quelles stratégies curatoriales et de gouvernance partagée permettent de rééquilibrer les rapports de décision ?
tags: queer
theme: queer
Présentation intervenant.e.s
[[Benbachir, Meryam]] [[Cazaux, Mharion]] [[Lambert, Daisy]] [[Geoffroy, Inès]]
Notes
Mharion Cazaux – Drags et musées
Interventions dans les institutions (liste non exhaustive) :
- 2022 :
- Université de Pau : Lecture de contes queer annulée (pression des parents).
- Quai Branly : Exposition « Black Indians » → Mauvaise organisation, espace majoritairement réservé aux VIP (peu respectueux du public).
- 2023 :
- Rennes 2 : Intervention sur les drags.
- Villa Arson : Exposition « Before there were none » (sur Danielle Brathwaite-Shirley).
- Avertissements : Exigés pour toutes ses expositions → Choque les équipes (ex. : « Cet espace n’est pas le vôtre »).
- Message clé : Les musées se veulent inclusifs mais restent excluant·e·s (rappel nécessaire).
- 2024 :
- Médiathèque d’Angoulême : Exposition.
- Quai Branly : Soirée « Mexico ».
- Musée d’Orsay : « Dear King ».
- Musée Piscine (Picardie ?) : Concours drag.
- Van Abbe Museum :
- Queer Constituency : Groupe de visiteur·euse·s et salarié·e·s intervenant sur l’accrochage des collections.
- Actions :
- Création de vêtements portables pendant les visites.
- Queer Book Club.
- Texte : « Queer Based Line » (publié en néerlandais).
- Rémi Baert : « Drag Clown Affair » → Les invité·e·s créaient des objets dans leurs personnages.
- 2025 :
- Musée d’Histoire de Lyon.
- Ville de Loupiac.
- 2026 :
- Expositions-performances à Angoulême.
Constats :
- Intégration superficielle : Les drags sont toléré·e·s en événementiel (soirées, performances) mais absent·e·s des collections permanentes (ex. : MuCEM).
- Manque d’archivage : Peu d’artistes drag documentent leur travail.
- Tokenisation : Risque de réduire les artistes à leur identité (ex. : jury du prix Utopi.e critiqué pour son manque de diversité trans).
Solutions proposées :
- Former les équipes (commissariat, médiation).
- Veiller à la pluralité des représentations (éviter le whitewashing ou le pinkwashing).
Daisy Lambert – Archivage queer
- Focus : Intégration des traces drag dans les collections (ex. : photos au MuCEM).
- Enjeu : Comment conserver la dimension performative et éphémère des œuvres drag ?
Inès Geoffroy – Commissariat engagé
- « 100% L’EXPO » (6 octobre 2024, Aubervilliers) :
- Format : Exposition sauvage (hors institution), curatée par ThunderCage.
- Artistes : Meryam Benbachir, Mehdi Görbüz, Amine Habki, Reda El Toufaili Kanaan, Sido Lansari, Emma Bert Lazli, Sarra Ryma, Farès Hadj Sadok, Anne-Sarah Huet.
- Programme :
- Lectures et performances (13h–18h) :
- 14h : Lecture collective de « Algeria, une suite d’incantations parce que rien d’autre ne marche » (Kathy Acker) avec Anne-Sarah Huet.
- 14h45 : « Seum », Meryam Benbachir.
- 15h–17h30 : Performances de Amine Habki, Sarra Ryma, Emma Bert Lazli, Reda El Toufaili Kanaan, Mehdi Görbüz, Farès Hadj Sadok.
- Thématique : « Un Jannah (paradis) queer sur les bords du canal » → Partage de stratégies de résistance, droit à la complexité, transmission d’outils.
- Citations des artistes :
- Mehdi Görbüz : « L’héritage familial ne se perd pas, il se transfigure, devient queer. »
- Emma Bert Lazli : « Je veux réaffirmer mon droit à la complexité. »
- Meryam Benbachir : « Le but, c’est d’être crypté·x·es, de s’adresser à un nous que nous définissons. »
- Amine Habki : « Tout se joue dans la manière de dévoiler ou non sa part intime. »
- Reda El Toufaili Kanaan : « Je cherche à me saisir de l’épaisseur du tabou, à le rendre plastique, performatif. »
- Sido Lansari : « Il faut penser les chemins de nos aîné·e·s qui ont lutté. »
- Anne-Sarah Huet : « Mon travail est le récit d’une quête de l’incarnation. »
- Sarra Ryma : « Je cherche à rendre visible ce que nous ne voyons pas et à remettre en question ce que nous voyons. »
- Lectures et performances (13h–18h) :
- « La rhétorique du rideau » (ICI, 17 mai–27 juillet 2025) :
- Concept : Alternative au coming out (moment unique et public) → Le rideau comme métaphore d’un équilibre entre visibilité et intimité.
- « Dire sa singularité sans s’exhiber ni s’effacer. »
- « Un espace de négociation et de maîtrise de son propre discours. »
- Artistes : Meryam Benbachir, Emma Bert Lazli, Reda El Toufaili Kanaan, Mehdi Görbüz, Amine Habki, Sido Lansari.
- Approche :
- Installations personnelles prolongeant les performances de 2024.
- Notion de « famille choisie » = famille artistique.
- Archives fragiles : Revendication du droit à la complexité et à la préservation de récits dissidents.
- Inspiration : « Amour – Révolutionner l’amour grâce à la sagesse arabe et/ou musulmane » (Jamal Ouazzani, 2024).
- Concept : Alternative au coming out (moment unique et public) → Le rideau comme métaphore d’un équilibre entre visibilité et intimité.
ThunderCage (Hallal & Queer Edition)
- Collectif : Édition et curatelle d’événements queer et décoloniaux (ex. : 100% L’EXPO).
Lien avec la thèse
- Drags et archives éphémères (Mharion Cazaux / Daisy Lambert)
- Problématique :
- Les performances drag sont peu archivées (par les artistes comme par les institutions).
- Piste pour ta thèse :
- Documenter l’éphémère :
- Capturer les processus (ex. : ateliers de création d’objets comme chez Rémi Baert).
- Archiver les réactions du public (comment les performances drag sont reçues ?).
- Intégrer les collections :
- Comme au MuCEM (photos) ou au Van Abbe Museum (vêtements portables) → Comment rendre visibles des pratiques souvent invisibilisées ?
- Dépasser l’événementiel :
- Exemple : Le groupe « Queer Constituency » (Van Abbe) montre qu’il est possible d’intervenir sur les collections permanentes (accrochage, médiation).
- Documenter l’éphémère :
- Outils concrets :
- Queer Book Club → Documenter les discussions (comptes-rendus, enregistrements).
- Avertissements (ex. : « Cet espace n’est pas le vôtre ») → Archiver les tensions entre institutions et communautés.
2. Commissariat et décolonialité (Inès Geoffroy)
- « 100% L’EXPO » comme modèle alternatif :
- Format : Exposition sauvage, hors les murs, centrée sur les artistes.
- Documentation possible :
- Transcrire les performances (ex. : texte de Kathy Acker lu par Anne-Sarah Huet).
- Filmer les interactions (public, artistes, commissaires).
- Archiver les objets créés in situ (ex. : vêtements, installations éphémères).
- Thèmes à explorer :
- Cryptage et adresse (Meryam Benbachir) → Comment documenter des œuvres qui refusent d’être “lues” par tou·te·s ?
- Droit à la complexité (Emma Bert Lazli) → Éviter les catégories réductrices dans les notices.
- « La rhétorique du rideau » :
- Concept clé : Visibilité choisie (vs. coming out imposé).
- Application à la documentation :
- Respecter les niveaux de partage : Certains artistes veulent montrer, d’autres cacher (ex. : Amine Habki sur l’intimité).
- Archives “à rideaux” : Classer les documents selon leur degré de publicité (ex. : notices accessibles vs. archives réservées aux concerné·e·s).
3. Institution vs. Communauté (Mharion Cazaux)
- Critique des musées :
- Exclusion symbolique (ex. : « Cet espace n’est pas le vôtre »).
- Tokenisation (ex. : prix Utopi.e critiqué pour son manque de diversité trans).
- Solutions pour ta thèse :
- Former les équipes → Documenter les formations (comptes-rendus, supports pédagogiques).
- Impliquer les communautés :
- Co-écriture de notices (ex. : avec le groupe « Queer Constituency »).
- Ateliers participatifs (ex. : restauration des patchworks avec Pascal Lièvre).
- Évaluer l’impact :
- Enquêtes post-exposition : Comment les publics queer et racisé·e·s ont-ils·elles vécu l’expérience ?
- Suivi des artistes : Leur ressenti sur leur intégration (ou exclusion) des institutions.
4. Langage et médiation (toutes les intervenantes)
- Alternatives aux notices classiques :
- Textes collaboratifs (ex. : « La Kate » d’Elena Lespes Muñoz).
- Performances comme documentation (ex. : « Seum » de Meryam Benbachir).
- Fiction et scénarios (ex. : Collectif Les Paillettes).
- Pour ta thèse :
- Expérimenter des formats hybrides :
- Notices + performances (ex. : lire une notice comme un poème).
- Archives sonores (enregistrements de lectures, comme à 100% L’EXPO).
- Documenter les silences :
- Les annulations (ex. : contes à Pau) ou les censures (ex. : avertissements choquants) sont des traces à conserver.
- Expérimenter des formats hybrides :
Idées principales
- Les drags comme cas d’école pour la documentation queer :
- Problème : Éphémère vs. permanent → Comment archiver des pratiques performatives (drag, performances) ?
- Solutions :
- Impliquer les communautés dans l’archivage (ex. : restauration des patchworks).
- Créer des collections vivantes (ex. : vêtements portables au Van Abbe Museum).
- Documenter les processus (ateliers, créations collectives) autant que les résultats.
2, Le commissariat comme acte politique :
- Inès Geoffroy montre qu’un·e commissaire peut :
- Créer des espaces safe (ex. : 100% L’EXPO).
- Respecter les rythmes des artistes (ex. : « La rhétorique du rideau »).
- Dénoncer les exclusions (ex. : « Cet espace n’est pas le vôtre »).
- Pour ta thèse : Analyser le rôle du·de la commissaire dans la production de savoirs queer.
3.Dépasser le tokenisme :
- Mharion Cazaux alerte sur :
- L’intégration superficielle (drags en événementiel, mais pas dans les collections).
- Le risque de catégorisation (ex. : prix Utopi.e).
- Pistes :
- Exiger des quotas (représentation trans, racisé·e·s, etc.) dans les jurys et collections.
- Former les équipes à l’intersectionnalité.
- L’archivage comme acte de résistance :
- Daisy Lambert et Mharion Cazaux soulignent :
- Les photos (MuCEM) et les objets (Van Abbe) peuvent matérialiser des histoires queer.
- Mais : Il faut éviter de figer ces histoires dans des catégories institutionnelles.
- Idée : Créer des archives “fluides” (classements modifiables, notices évolutives).
- Le langage comme outil de subversion :
- Meryam Benbachir : « Être crypté·x·es » → Refus de la lisibilité forcée.
- Elena Lespes Muñoz : Écrire avec des moufles → Ralentir, introduire du hasard.
- Pour la documentation :
- Accepter l’opacité : Certaines œuvres ne veulent pas être expliquées.
- Multiplier les voix : Notices polyphoniques (plusieurs interprétations d’une même œuvre).
- L’exposition comme espace de transmission :
- « 100% L’EXPO » et « La rhétorique du rideau » montrent que les expositions peuvent être :
- Des lieux de partage d’outils (stratégies de résistance).
- Des espaces de famille choisie (artistes + public).
- À documenter :
- Les discussions informelles (autour d’un barbecue, comme à Aubervilliers).
- Les objets créés collectivement (ex. : vêtements, textes).