Skip to main content ZOË RENAUDIE

author: Passeron, Jean-Claude; Revel, Jacques

title: Penser par cas. Raisonner à partir de singularités

date: 2005

abstract: Beneath forms that have varied greatly all along the history of knowledge and know-how, « thinking by case » reveals logical characteristics common to all reasoning which, when placed before an observable singularity, chooses to deepen its qualities in order to establish an argument of more general interest based on their description, interpretation or evaluation. Two essential features are always present in the qualification of an occurrence as a « case ». The first is the obstacle that the singularity of a situation opposes to the habitual movement of perception or with the application of already codified norms of explanatory or prescriptive discourse. The second is the fact that a singularity can be characterised as a « case », only if the history of which it is a product is followed by researching into the relevant « circumstances » that specify it in its context. Today, the renewal of ethical casuistry and of juridical analysis of cases, the rediscovery of the role of the narrative and its encounter with the clinical approach in all the human sciences, like the contribution of « non-monotone logics », leads to a questioning of the exclusive domination exercised by the hypothetico-deductive model and the universalist paradigms on all the operations of inference and of proof in the scientific argument.,Sous des formes qui ont été fort diverses tout au long de l’histoire des savoirs et des savoir-faire, la « pensée par cas » révèle les particularités logiques propres à tout raisonnement qui, placé devant une singularité observable, choisit d’approfondir ses propriétés particulières pour fonder sur leur description, leur interprétation ou leur évaluation, une argumentation de portée plus générale. Deux traits essentiels sont toujours présents dans la qualification d’une occurrence comme « cas ». Le premier est l’obstacle que la singularité d’une situation oppose au mouvement habituel de la perception ou à l’application des normes déjà codifiées du discours explicatif ou prescriptif. L’autre, c’est le fait qu’on ne peut caractériser une singularité comme « cas » que si on suit l’histoire dont elle est le produit en recherchant les « circonstances » pertinentes qui la spécifient dans son contexte. Aujourd’hui, le renouveau des casuistiques éthiques et de l’analyse juridique des cas, la redécouverte du rôle du récit et sa rencontre avec la démarche clinique dans toutes les sciences de l’homme comme l’apport des « logiques non monotones » conduisent à remettre en question la domination exclusive qu’exerçaient le modèle hypothético-déductif et les paradigmes universalistes sur toutes les opérations d’inférence et de preuve dans l’argumentation scientifique.

tags: cas, enquête

theme: Méthodologie


Présentation auteur.e.s

Jean-Claude Passeron, né le 26 novembre 1930 à Nice, est un sociologue et un épistémologue français, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, membre fondateur d’un centre de recherche pluridisciplinaire : le SHADYC (Sociologie, Histoire, Anthropologie des dynamiques culturelles) à Marseille. Il a fondé et dirigé la revue Enquête. (source: Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Claude_Passeron)

Jacques Revel, né le 25 juin 1942 ou 25 juillet 1942 à Avignon est un historien français, directeur d’études émérite et ancien président de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Revel)

Résumé

Cet ouvrage examine la pensée par cas, une modalité de raisonnement qui s’appuie sur l’exploration approfondie de singularités observables pour produire des connaissances transmissibles. Longtemps marginalisée par les modèles scientifiques universalistes, cette approche s’est réimposée au XXe siècle comme un outil indispensable dans les sciences humaines, la médecine et le droit. Elle se définit par deux traits majeurs : l’attention portée à une situation irréductible à une règle générale et la nécessité d’un récit circonstancié pour en saisir le contexte temporel. Le cas ne sert pas simplement d’illustration, mais agit comme un obstacle logique qui force le chercheur à réviser ses cadres théoriques et à inventer de nouvelles formes de généralisation. En mobilisant des logiques non monotones, les auteurs démontrent que l’analyse du particulier permet de construire une intelligibilité rigoureuse, capable de relier l’exception à la norme sans dissoudre la spécificité du réel.

Lien avec la thèse

La pensée par cas est une approche méthodologique qui privilégie l’étude approfondie de situations particulières plutôt que la formulation de lois générales. Dans le contexte de la documentation des expositions, cette approche consiste à analyser des cas spécifiques d’expositions pour comprendre les pratiques, enjeux et évolutions de leur documentation. Plutôt que de viser l’exhaustivité ou la généralisation statistique, cette méthode permet d’explorer en profondeur les logiques d’action, les contraintes institutionnelles et les choix opératoires qui président à la documentation des expositions.

Idées principales

Ce chapitre ne propose pas une définition concrète et figée du « cas », mais retrace plutôt l’évolution historique de la pensée par cas et son appropriation progressive par les sciences sociales. Plutôt que d’offrir une formule simple, les auteurs choisissent de cerner ce qu’est un cas mais aussi ce qu’il n’est pas.

Les auteurs s’emploient à différencier le cas d’autres modes de pensée ou de collecte de données avec lesquels il pourrait être confondu :

Ce n’est pas un simple exemple : Alors que l’exemple sert à illustrer une règle préétablie et à en faciliter la compréhension, le cas fonctionne différemment. Il fait obstacle au raisonnement habituel, crée une résistance qui oblige à interroger et parfois à refondre les règles existantes. Le cas ne confirme pas passivement une théorie ; il la questionne activement.

Ce n’est pas une unité interchangeable : Dans les approches statistiques ou nomologiques (qui recherchent des lois universelles), les individus sont traités comme des unités équivalentes, substituables les unes aux autres. À l’inverse, la pensée par cas repose sur la reconnaissance de la singularité irréductible de chaque situation, qui ne peut être dissoute ou absorbée dans une catégorie générique sans perdre ce qui fait sa spécificité.

C’est une « échéance » : Étymologiquement lié au latin casus (tomber, arriver), le cas désigne ce qui « arrive », ce qui survient et interrompt le cours normal des choses. Il introduit une rupture, une perplexité du jugement qui appelle une réflexion renouvelée.

Pour étayer leur propos, les auteurs convoquent de nombreux exemples issus de la psychologie (notamment les travaux de Freud sur le cas clinique) et des mathématiques. Toutefois, lorsqu’il s’agit d’établir un lien avec l’histoire et les sciences sociales, le texte demeure relativement vague sur les exemples concrets. Les auteurs posent les jalons conceptuels sans toujours les incarner dans des situations empiriques précises tirées de ces disciplines.

Le point de jonction entre histoire, sciences sociales et pensée par cas se situe sur la contrainte du récit. « Faire cas », c’est reconstruire les circonstances particulières d’une situation, insérer une singularité dans une trame narrative qui permet d’en rendre raison. Les sciences sociales redécouvrent que le rendu narratif n’est pas un ornement littéraire, mais une nécessité épistémologique pour expliquer la particularité d’une interaction, d’un événement ou d’une configuration sociale.

Contrairement aux sciences dites « dures », qui aspirent à formuler des lois universelles valables en tout lieu et en tout temps (selon le principe du ceteris paribus, « toutes choses égales par ailleurs »), les sciences sociales pratiquent une formalisation localisée. Elles acceptent que la validité d’un raisonnement, d’une explication ou d’une interprétation dépende étroitement du contexte spécifique dans lequel il s’inscrit. Le cas devient ainsi le lieu où s’articulent singularité et intelligibilité, sans sacrifier l’une à l’autre.

Citations importées le 2026-02-02 2:30 pm

[!quote|#5fb236] Very Important or Critical un cas n’est pas seulement un fait exceptionnel et dont on se contenterait qu’il le reste : il fait problème ; il appelle une solution, c’est-à-dire l’instauration d’un cadre nouveau du raisonnement, où le sens de l’exception puisse être, sinon défini par rapport aux règles établies auxquelles il déroge, du moins mis en relation avec d’autres cas, réels ou fictifs, susceptibles de redéfinir avec lui une autre formulation de la normalité et de ses exceptions. (p. 2)

%%mon enquete se base sur une succession de cas.%%

[!quote|#5fb236] Very Important or Critical C’est, à dire vrai, l’ensemble des questions dont on l’investit – et dont il est susceptible d’être investi – qui fait le cas. (p. 3)

[!quote|#5fb236] Very Important or Critical Si longue que soit, dans la définition d’un cas, l’énumération des traits génériques que l’on pourrait retrouver à l’identique dans d’autres cas, interviennent toujours, dans un énoncé qui entend se référer à sa singularité dans le temps et l’espace, un ou des déictiques (p. 3)

[!quote|#ff6666] Disagree with Author L’identification d’un cas comme tel pose à tous ceux qui se heurtent à sa singularité la même question logique, celle de la signification d’une identité instable, voire autodestructrice, puisque le contenu en est parfois réduit à la discordance que le cas introduit dans les opérations bien rôdées des décisions quotidiennes ou dans les procédures confirmées du raisonnement scientifique (p. 4)

%%pas compris%%

La pensée par cas, que l’on a vu revêtir des formes multiples et diverses et renaître plusieurs fois après qu’elle a été ostracisée ou déclarée obsolète, repose-t-elle en fin de compte sur une méthode d’administration des preuves qui devrait être elle- même aussi singulière que les cas auxquels elle s’applique ? (p. 5)

[!quote|#5fb236] Very Important or Critical Par exemple, sur une « intuition » sans phrase ni critère explicitable ou transmissible comme chez les praticiens du diagnostic traditionnel, ou encore sur la saisie par empathie immédiate du sens d’une civilisation, d’une vision du monde ou d’un élan vital6 ? (p. 5)

%%emotion%%

Le cas naît plus souvent d’un conflit entre ces règles et les applications qu’il devrait être possible d’en déduire, ainsi que de la situation – provisoire mais intolérable – d’indécidabilité qui en résulte (p. 7)

la singularité d’un « état de choses » dont l’intérêt, pratique ou théorique, n’est pas réductible à celui d’un exemplaire quelconque au sein d’une série monotone ou à celui d’un exemple arbitrairement choisi pour illustrer une proposition universellement valable (p. 8)

le descripteur s’attache au suivi temporel de l’histoire dont elle est le produit (et un moment) (p. 8)

une singularité est en effet d’autant moins substituable par une autre – plus singulière, donc – que son contexte est davantage spécifié (p. 8)

n’illustre rien au départ : ni type connu, ni certitude acquise, il se présente comme une énigme dont le travail analytique doit s’attacher à mettre au jour les termes pour pouvoir tenter de la résoudre. (p. 9)

n’est-ce pas le rôle de l’étude de cas que de permettre l’affirmation d’une règle : elle donne plutôt l’occasion de mettre en relation les éléments disjoints d’une configuration qui est au départ indéchiffrable et même impossible à repérer, et qui pour cela fait problème. (p. 9)

[!quote|#5fb236] Very Important or Critical Le cas est ici constitué comme une énigme à résoudre : c’est donc une question d’interprétation. Mais il est inséparablement un moment d’une élaboration théorique en construction. (p. 10)

[!quote|#5fb236] Very Important or Critical Faire cas, c’est prendre en compte une situation, en reconstruire les circonstances – les contextes – et les réinsérer ainsi dans une histoire, celle qui est appelée à rendre raison de l’agencement particulier qui d’une singularité fait un cas. (p. 12)

Un cas est le produit d’une histoire. Il est secondaire que cette histoire soit « réelle » ou qu’elle relève de la fiction : dans la plupart des cas, on y reviendra, elle a fait l’objet d’un travail de sélection et de réélaboration qui brouille le partage et le rend du même coup inessentiel. (p. 14)

[!quote|#2ea8e5] Interesting References l’expérience humaine du temps, dont Paul Ricœur a montré que le récit constituait la forme irréductible. Pour lui, l’appréhension de la temporalité requiert le « discours indirect du récit » pour être en mesure de configurer l’hétérogénéité et la fragmentation de l’expérience. Il n’est pas indifférent qu’à la fin de son parcours, le philosophe ait choisi d’illustrer cette thèse en plaçant en parallèle la « perlaboration » (Durcharbeitung) analytique et le travail de l’historien. (p. 14)

[!quote|#5fb236] Very Important or Critical Plus généralement, le récit doit être compris non seulement comme un moyen d’exposition, mais encore comme ce qui permet de rassembler les pièces d’une histoire qui n’existe pas en dehors de lui et de donner à celle-ci un ordre et une forme25. (p. 14)

%%interessant pour definir l exposition%%

récit », comme on le nomme de façon approximative – c’est-à-dire la prise de conscience du fait que celui-ci n’a jamais cessé de fournir à l’historien la trame de son travail –, lui suggère de revendiquer ouvertement sa capacité à construire des explications intelligibles par une démarche qui, en multipliant les moyens de recenser les particularités présomptivement pertinentes pour expliquer la singularité des histoires dont elle s’efforce de rendre compte, se trouve poser du même coup le problème de la valeur causale de la pensée par cas dans toutes les sciences sociales et, par ricochet, en toute science de la description. (p. 18)

La pensée par cas bouleverse l’intersubjectivité classique de la cité savante dans l’échange de preuves puisqu’elle semble remettre en cause la définition de l’auditoire universel en spécialisant la persuasion. (p. 19)

pragmatique de l’interprétation. (p. 20)

[!quote|#5fb236] Very Important or Critical La pensée par cas fait au contraire ressortir une propriété commune à toute connaissance scientifique, en laissant voir immédiatement l’implication réciproque entre l’articulation d’une théorie et le déroulement d’une enquête, et cela aussi bien dans l’histoire des sciences exactes que dans celle des sciences historiques. (p. 31)

Bibliographie

online local pdf

%% Import Date: 2026-02-02T14:31:06.235-05:00 %%

©2026 Zoë Renaudie avec l'aide d'Evan Renaudie. Les polices utilisées sont Manifont Grotesk (c) CUTE Sophie Vela, Max Lillo et al. et DM Sans (c) OFL Camille Circlude, Eugénie Bidaut, Mariel Nils, Bérénice Bouin, merci au travail de Bye-Bye Binary