Skip to main content ZOË RENAUDIE

jour 02 février 2024

Published: 2024-02-02
Updated: 2024-02-02

Anne-Sophie Miclo me propose de l’aider à documenter une oeuvre de Michel Blazy qui est exposée à la fondation Darling. Un tableau-vivant, constitué de moisissures.

Ce qui revient immédiatement, lorsqu’on parle de l’exposition de ce genre d’oeuvre, ce sont les difficultés très concrètes liées à l’exposition de matériaux vivants, en particulier les moisissures. Elles posent problème par rapport aux autres œuvres — contamination potentielle, perception du public, statut esthétique — mais aussi, de façon très pragmatique, par rapport aux systèmes de ventilation des musées. L’infrastructure elle-même devient un acteur de l’exposition : elle accélère, ralentit, empêche ou transforme les processus à l’œuvre.

Ces questions ramènent inévitablement à celle de la documentation. Comment rendre compte d’œuvres éphémères dans la documentation de leur exposition ? Mais en y réfléchissant, ce problème n’est pas spécifique aux œuvres dites éphémères. Toutes les œuvres le sont, dès lors qu’elles existent dans l’espace de l’exposition. Même les œuvres in situ ne sont que de passage, inscrites dans des projets temporaires, des contextes précis, des conditions techniques et institutionnelles toujours renouvelées. Rien n’est éternel, ni les œuvres, ni les expositions, ni les dispositifs qui les accueillent.

Ce qui change avec les œuvres de Michel Blazy, c’est peut-être simplement que cette précarité devient visible, impossible à masquer. La dégradation n’est plus un accident à éviter mais un processus constitutif de l’œuvre. Cela met en tension les habitudes muséales : conserver, stabiliser, normaliser. Et cela rend encore plus criante la nécessité d’une documentation capable d’embrasser ces transformations, sans chercher à les lisser.

C’est précisément là que se situe l’enjeu de ma thèse. Non pas inventer une énième méthode idéale, mais tenter de faciliter ce type de documentation, en tenant compte des réalités du terrain. Comment donner aux professionnels de musée des outils leur permettant de conserver ces informations sans s’y perdre, sans se tirer les cheveux ? Ils n’ont pas le temps. La gestion des expositions est déjà un moment de tension, de surcharge, parfois d’urgence. Documenter devient alors une tâche secondaire, alors même qu’elle est essentielle pour la mémoire institutionnelle.

Je me demande si l’enjeu n’est pas moins de produire plus de documents que de mieux identifier ce qui compte, à quel moment, et sous quelle forme. Penser une documentation qui accompagne le projet plutôt qu’elle ne s’y ajoute. Une documentation pensée comme un geste de care envers les œuvres, mais aussi envers celles et ceux qui les font exister dans les musées.

©2026 Zoë Renaudie avec l'aide d'Evan Renaudie. Les polices utilisées sont Manifont Grotesk (c) CUTE Sophie Vela, Max Lillo et al. et DM Sans (c) OFL Camille Circlude, Eugénie Bidaut, Mariel Nils, Bérénice Bouin, merci au travail de Bye-Bye Binary