jour 12 mars 2024
Je reviens sans cesse à cette difficulté à penser la conservation autrement que comme un geste de stabilisation. Conserver, ce serait préserver un état, le maintenir dans une temporalité ordonnée : avant, pendant, après. Et pourtant, dès que je pense à l’exposition, ce modèle ne tient plus vraiment.
J’essaie alors autre chose : envisager la conservation comme la possibilité de faire coexister des acceptions plurielles de l’exposition. Non pas une version définitive, mais plusieurs états, plusieurs formes d’existence. Prendre l’exposition comme un réseau plutôt que comme une séquence.
Dans cette perspective, je ne me réfère plus obligatoirement à un état de l’œuvre inscrit dans une temporalité hiérarchique. L’exposition n’existe pas après l’événement, elle n’en est pas seulement la trace ou le résidu. Elle continue d’exister ailleurs, autrement : dans des documents, des récits, des reconfigurations, des usages inattendus.
Accepter cette idée, c’est aussi accepter que ces états ne soient pas équivalents mais qu’aucun ne soit plus important qu’un autre. Ce n’est pas l’original contre la copie, ni le vécu contre le document. C’est une constellation d’existences, parfois dissonantes. La conservation, dans ce cadre, ne consisterait plus à choisir, mais à maintenir les conditions de cette pluralité.
Ce que j’essaie peut-être de faire, c’est de renoncer à l’idée qu’il faudrait sauver l’exposition. Comme si elle risquait toujours de disparaître. Et si, au contraire, elle persistait déjà sous plusieurs formes, sans moi ? La conservation deviendrait alors moins un acte de contrôle qu’un geste d’attention.