La journée d’étude « Cultures Queer. Comment repenser les pratiques d’exposition ? », organisée le 27 mars 2026 à la Gaité Lyrique, a offert un espace de réflexion collective sur les enjeux épistémologiques, politiques et pratiques liés à l’intégration des cultures queer dans les institutions culturelles. Les interventions ont articulé histoire de l’art, médiation et commissariat autour de trois axes majeurs.

D’une part, Ana Bordenave a souligné le potentiel heuristique du queer comme outil méthodologique pour réinterroger les périodisations et les catégories artistiques, en mobilisant notamment la notion d’anachronisme productif (Clovis Maillet) et en mettant en lumière des réseaux féminins et lesbiens (AWARE, LA FABA). D’autre part, Elena Lespes Muñoz, le Collectif Les Paillettes et Pascal Lièvre ont exploré les modalités d’une médiation inclusive, à travers des dispositifs participatifs (ateliers d’écriture contrainte, speed dating d’archives) ou des pratiques de restauration communautaire des Patchwork des Noms, révélant ainsi les tensions entre conservation institutionnelle et appropriation par les publics concernés. Enfin, Mharion Cazaux, Daisy Lambert et Inès Geoffroy ont interrogé les dynamiques institutionnelles : entre tokenisme (ex. : prix Utopi.e) et expérimentations radicales (ex. : Queer Constituency au Van Abbe Museum ou 100% L’EXPO à Aubervilliers), leurs contributions ont mis en évidence les limites des politiques d’inclusion (événementialisation des cultures drag, absence de représentation trans dans les jurys) tout en proposant des alternatives curatoriales (expositions sauvages, rhétorique du rideau comme métaphore d’une visibilité choisie).

Les tables rondes étaient trop scriptées à mon goût, mais le séminaire était organisé par des étudiant.e.s du Master 2 Médiation du patrimoine et de l’exposition de la Sorbonne Nouvelle et i.els ont assuré. Attention cependant car il me semble peu contre le propos de faire une affiche et un programme avec les typo de la fonderie ByeByeBinary sans les créditer sur le document, ou utiliser la définition de crip sans citer des théories pourtant bien existantes :

crip definition

ill. 1 : extrait du livret de définitions distribué lors du colloque

La formulation « on peut imaginer » ou « on peut supposer » traite comme une simple hypothèse quelque chose qui est en réalité un fait théorique documenté. Le champ existe, il a une généalogie précise (McRuer, Kafer, et plus largement les disability studies nord-américaines depuis les années 2000), des textes fondateurs, des débats internes. Présenter ça au conditionnel efface tout ce travail.

Cette journée a ainsi révélé que repenser les pratiques d’exposition implique de dépasser les cadres traditionnels pour faire une place aux savoirs situés, aux archives vivantes et aux narrations polyphoniques, tout en restant attentif·ve aux risques de récupération ou d’instrumentalisation.