jour 02 février 2026
Je ne peux pas faire une recherche de doctorat en histoire de l’art dans ce contexte mondial terrifiant sans la rendre politique. L’inscription de cette recherche dans une posture critique se manifeste également dans mon rapport aux institutions de contrôle et de violence étatique. Cette position exprime un refus clair des logiques de surveillance, de détention et d’effacement des vies migrantes, qui résonnent directement avec les enjeux de mémoire, d’archives et de conservation abordés dans cette thèse. J’affirme que certaines institutions produisent activement de l’oubli, de la rupture et de la peur, et que les pratiques de documentation et de transmission peuvent, au contraire, devenir des outils de résistance, de soin et de solidarité. Cette recherche s’inscrit ainsi du côté de celles et ceux dont les histoires sont menacées de disparition non par manque de valeur, mais par des structures de pouvoir qui décident de ce qui mérite ou non d’être conservé.
On m’a appris à fonder mon travail sur un corpus constitué majoritairement d’ouvrages et de théories produits par des hommes blancs. C’est encore largement ce qui structure l’enseignement universitaire et les critères de légitimité académique. Pourtant, mon parcours à Montréal - marqué par des rencontres déterminantes avec des acteur·ices du monde culturel tels que Camille Larivée (Innu), Léuli Eshrāghi (Andrianomearisoa) et Jonathan Lainey (Wendat), ainsi que par l’œuvre de commissaires ou artistes abordant frontalement les héritages et les violences de la colonisation, comme eunice bélidor, Kent Monkman (ocêkwi sîpiy), Stanley Février, ou encore par le séminaire d’Ersy Contogouris - m’a permis d’apprendre qu’il est possible de produire du savoir autrement, à partir de positions situées, d’expériences vécues et de formes de transmission qui ne sont pas nécessairement écrites ni publiées. Adopter exclusivement les cadres théoriques dominants serait sans doute la voie à suivre si mon objectif était de produire un discours conforme aux attentes de cette société académique. Or ce n’est pas le cas. Je souhaite produire une thèse pour ma communauté. Une recherche qui reconnaît que l’expertise ne se construit pas uniquement dans les textes canoniques, mais aussi dans les pratiques, les récits, les gestes, les relations et les expériences vécues. Même lorsque celles-ci n’ont pas été formalisées par l’écriture ou validées par les circuits traditionnels de publication.
Cette thèse s’inscrit ainsi dans un refus de hiérarchiser les savoirs au détriment de ceux qui sont minorés, invisibilisés ou considérés comme illégitimes. Elle revendique une approche située, attentive aux expériences incarnées, et affirme que produire du savoir peut aussi être un acte de responsabilité envers celles et ceux pour qui et avec qui cette recherche se construit. Je n’invente rien et je citerais de qui j’ai tout appris.