Skip to main content ZOË RENAUDIE

jour 15 février 2026

Published: 2026-02-15
Updated: 2026-02-15

Imaginez : vous sortez d’une exposition qui vous a bouleversé. Trois mois plus tard, elle n’existe plus. Pas de traces, pas d’archives complètes. Dans l’histoire de l’art contemporain, aucune forme n’est plus présente et plus absente à la fois que l’exposition. Comment peut-on conserver ce qui est fait pour disparaître ?

Je suis conservatrice-restauratrice. Mon métier, c’est normalement de préserver des objets matériels. Mais une exposition, ce n’est pas un objet, c’est un réseau vivant de relations : des œuvres, des personnes, des discours, des espaces, des émotions. Ce qui est finalement vrai pour beaucoup des biens culturels que l’ont conserve dans nos collections. Et c’est une conception de l’objet qui n’est pas nouvelle, elle est meme centrale dans plein de courant de pensées autochtones par exemple.

Et ce réseau disparaît systématiquement. Mais pas pour tout le monde de la même façon. Certaines expositions s’effacent plus vite. Parfois, les institutions les accueillent, mais ne les documentent pas. Pourquoi ? Comment fonctionne cet oubli sélectif ? Ce sont ces chemins d’effacement que je veux cartographier.

Pour ma thèse, je mène une enquête pragmatique. Je cherche en ce moment de nouvelles expositions en création, en reconstitution, au repos pour comprendre ce qui se passe vraiment dans les processus de documentation. Je m’intéresse particulièrement aux expositions oubliées, marginalisées, à celles qui ont eu lieu mais dont on ne parle plus.

Mon approche mêle conservation-restauration, humanités numériques et perspectives critiques issues des études queer, féministes, crip et décoloniales. On doit aller chercher les savoirs là où on ne les a pas écoutés, chez celleux qu’on a tenté d’effacer.

Je développe un modèle documentaire basé sur les ontologies computationnelles, une technologie qui permet de représenter des réseaux complexes de relations. Mais ce n’est pas qu’un outil technique : c’est une posture éthique et politique.

L’objectif n’est pas d’universaliser un modèle rigide, mais de créer un cadre souple, adaptable, qui respecte la performativité de l’exposition. Des archives activables, pas des tombeaux. Des archives qui peuvent documenter l’effacement lui-même, rendre visible les mécanismes d’oubli institutionnel, et faire de la place aux mémoires vulnérables.

Cette recherche vise à transformer les pratiques muséales en proposant des moyens concrets pour documenter ce qui échappe habituellement aux archives. Mais elle interroge aussi la conservation elle-même : pourquoi certaines histoires sont-elles systématiquement effacées ? Qui décide ce qui mérite d’être gardé ?

Mon travail, c’est de comprendre comment l’exposition résiste et comment nos institutions organisent son oubli. Pour finalement proposer une documentation qui soit un acte de soin, de justice, et de mémoire collective.

©2026 Zoë Renaudie avec l'aide d'Evan Renaudie. Les polices utilisées sont Manifont Grotesk (c) CUTE Sophie Vela, Max Lillo et al. et DM Sans (c) OFL Camille Circlude, Eugénie Bidaut, Mariel Nils, Bérénice Bouin, merci au travail de Bye-Bye Binary